L’Aiglon (diptyque – panneau droit)

Appartient au cycle : Le Rouge dans le Noir  
Technique : Acrylique  Toile tendue 
Réference littéraire : L'Aiglon d'Edmond Rostand

Peinture en lien avec la pièce de théâtre d’Edmond Rostand. Panneau droit du diptyque. La section entre les 2 panneaux a un sens symbolique.

Le drame en 6 actes raconte l’histoire du fils de l’empereur Napoléon. Vous pouvez vous reporter à la page aiglon-panneau-gauche pour plus de détail.

 

Extrait mis en exergue (fin de l’acte 2 scène 4) via une installation, complément de l’exposition du tableau lors d’une porte ouverte d’atelier

Le Duc*
(…)

(Il est remonté vers la fenêtre.)
Oh ! vouloir à l’histoire ajouter des chapitres,
Et puis n’être qu’un front qui se colle à des vitres !
(Il redescend vers Prokesch)
Je tâche d’oublier, quelquefois. Quelquefois,
Je m’élance à cheval, éperdument. Je bois
Le vent ; je ne suis plus qu’un désir d’aller vite,
De crever mon cheval et mon rêve ; j’évite
De regarder courir au loin les peupliers
Pareils à des bonnets penchés de grenadiers ;
Je vais ; je ne sais plus quel est mon nom ; je hume
Avec enivrement la forte odeur d’écume,
De poussière, de cuir, de gazon écrasé ;
Enfin, vainqueur du rêve, heureux, brisé, grisé,
J’arrête mon cheval au bord d’un champ de seigle,
Lève les yeux au ciel, — et vois passer un aigle !
(Il tombe assis, reste un instant accoudé sur la table, la tête dans ses mains. Puis, d’une voix plus sourde :
Encor, si je pouvais en moi-même avoir foi !
(Il lève sur Prokesch un regard d’angoisse.)
Vous qui me connaissez, que pensez-vous de moi ?
Ah ! Prokesch ! Si j’étais ce qu’on dit que nous sommes,
Que nous sommes souvent, nous, les fils de grands hommes !
Ce doute, avec des mots, Metternich l’entretient !
Il a raison, — et c’est son devoir d’Autrichien ! —
J’ai froid quand, pour y prendre un mot de sa manière,
Il ouvre son esprit comme une bonbonnière !
Vous, dites-moi quelle est au juste ma valeur ?
Vous qui me connaissez… puis-je être un empereur ?
(Avec désespoir.)
Que de ce front, mon Dieu, la couronne s’écarte,
Si sa pâleur n’est pas celle d’un Bonaparte !

PROKESCH, ému.

Prince…

LE DUC

Répondez-moi ! Dois-je me dédaigner ?
Parlez-moi franchement que suis-je ? Pour régner,
Ai-je le front trop lourd et les poignets trop minces ?
Que pensez-vous de moi ?

PROKESCH, gravement, lui prenant les deux mains.

Prince, si tous les princes
Connaissaient ces tourments, ces doutes, ces effrois,
Il n’y aurait jamais que d’admirables rois.

LE DUC, avec un cri de joie, l’embrassant.

Merci, Prokesch ! Ah ! ce seul mot me réconforte !
Travaillons, mon ami !

*titre que porte « l’Aiglon »

 

Lisez L’Aiglon non pas en ligne mais bien plutôt en caressant son papier. De même cette toile peut être, non seulement regardée, mais possiblement touchée et caressée par celui qui poussera l’intérêt jusqu’à son acquisition.

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