Dear America

Réference littéraire : "Dear America : Letters Home From Vietnam "

La sculpture  » Dear America  » a été réalisée en prévision de l’exposition collective « Pin Up » . L’idée de départ était de procéder à des recherches afin de réintroduire dans les esprits la fonction première de la pin-up.

La pin-up, c’est avant-tout tout autre chose, l’image de la jolie fille que les soldats américains accrochaient dans leurs baraquements durant la Seconde guerre mondiale et qui peu à peu s’est érotisée, notamment pendant la guerre du Vietnam (à travers l’arrivée de la Playmate). Cette représentation de la femme, devenue iconique, est une création réfléchie ayant pour but de« supporter le moral les troupes ». La notion de « pin-up » s’est depuis élargie et diversifiée à tel point qu’elle correspond plutôt désormais à une représentation, un peu désuète et nostalgique, de ce qu’était la femme fantasmée de l’âge d’or américain, sexy sans même le savoir. 

En faisant des recherches, j’ai découvert ce recueil de lettres de GI’s durant la guerre du Vietnam (référence en bas d’article) totalement bouleversant. Il n’est pas question dans cette œuvre d’interroger les tenants et les aboutissants de cette guerre mais via ce corpus de lettres de ceux qui l’ont faite et vécue, d’entrer dans la psyché de ces jeunes hommes (rarement plus de 20 ans) se retrouvant confrontés aux pires atrocités et de savoir qu’elle était leur rapport à la femme, et plus probablement à son manque.

 

Voir les citations figurant sur l’oeuvre

Il est tout à fait étonnant de constater que dans le cadre d’hyper-virilité et de violence difficilement envisageable qu’est celui de la guerre sur le terrain, pouvoir projeter l’exact opposé à ce décor devient une nécessité, un besoin, ne serait-ce que pour ne pas sombrer dans la folie.

La douceur, la chaleur, la tendresse, est une source à laquelle, assoiffés, ses soldats viennent s’abreuver. Cette source n’a qu’un vecteur, celui de la correspondance écrite.

La femme, qu’elle soit l’amie, l’épouse, la sœur, la mère… sont souvent évoquées dans ces lettres comme des symboles de paix, de réconfort; elles sont des bras qui pourraient les bercer quand ils tremblent; elles vivent là-bas, loin des batailles qui font rage, et sont immaculées. Elles qui ne sont pas souillées par la boue et le sang, elles sont l’espoir, le réconfort, la contrée idyllique.

Bien plus que du sexe, ce que ces hommes réclament dans leurs lettres c’est de l’amour. Peu importe sa forme. C’est comme si la guerre leur faisait, tout à coup et tout à fait, réaliser ce qui est pour eux le plus essentiel. Ils veulent qu’on se soucie d’eux, qu’on pense à eux.

Ils veulent ressentir cet amour. Ces jeunes gens se battraient-ils, si la patrie ne s’était donnée à eux comme la personnification même de cette femme aimée, celle qu’on veut à tout prix protéger ?

Mais la Patrie n’est pas Femme.

La base de la sculpture est une jambe en polymère; elle n’a pas été moulée sur le vivant, elle l’imite, elle est un cliché. Elle est dure, creuse, vide.

Ce mirage, cette Patrie, trahie donc. On ne l’étreint pas, on s’y confronte. Elle est un Etat. Elle est une Opinion. Elle ne donnera pas de caresses. Il n’y aura pas de Patrie amoureuse en retour, jamais.

La Patrie n’est pas Femme.

 

 

Cette sculpture, au-delà de son travail de mémoire comme je m’évertue de le faire vis-à-vis de divers écrits, veut aussi montrer la difficile conciliation entre les aspirations romantiques des soldats et leur vision éperdument idéalisée de la guerre et de la femme.

La guerre n’est pas virile, elle est Mort. Et la Mort n’embrasse tendrement que dans les romans.

 

Vous soldats, je vous aime mieux dans mes bras que là-bas.

Quand il le faudra battez-vous ici avec nous.

Soyez brave, ne partez pas.

 

 

La jambe est de plastique.

Elle est lestée d’1 kg de billes de plomb.

Support en métal.

L’habit d’extraits en chute a été tapée dans la police « Veterans Typewriter ».

 

 

Textes choisis par l’artiste extraits du recueil de lettres :

Dear America : Letters Home from Vietnam, édité par Bernard Edelman pour
The New York Vietnam Veterans Memorial Commission, 1985 – Norton paperback, 2002
Ce livre n’a pas fait l’objet d’une édition en France.

Chaque court extrait est précédé du nom de son auteur et de son grade. Le signe ┼ fait suite aux extraits dont l’auteur a été déclaré « KIA » (killed in action) ; ce signe a également été placé à la suite des 2 extraits de lettre du Major Edward Alan Brudno, prisonnier de guerre pendant près de 8 ans, et écrites durant sa captivité; il se donna la mort quelques jours après son retour au pays.

Les extraits ont été sélectionnés pour questionner le rapport au féminin et au monde du sensible des soldats. Une attention toute particulière leur a été portée pour que les extraits ne souffrent pas de leur lecture hors contexte. Cependant le travail de l’artiste étant de faire porter l’attention sur des ouvrages méconnus (ici il est question d’un ouvrage d’import), l’œuvre reste un encouragement à la lecture du livre. La langue originale a bien entendu été conservée par souci de démarche plastique et pour que les connotations subtiles de la langue restent intactes. L’ouvrage « Dear America », auquel est consacrée cette pièce, est automatiquement mis à la consultation lors de la présentation de la sculpture.

 

NephilimK travaille dans ses œuvres à redonner vie par divers biais plastiques à des écrits méconnus ou oubliés.

La guerre du Vietnam fait suite à la Guerre d’Indochine, elle est en cela appelée la seconde guerre d’Indochine. Ces conflits se solderont par la victoire du Vietnam, c’est-à-dire son indépendance, et à la création d’une république.

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